Département de Philosophie Collège de Limoilou 

 

 Nicola Machiavel (1469-1527) : CONSEILLER DE PRINCES.

 

La modernité politique va rompre avec la pensée d'Aristote et le pouvoir de l'Église.
(La Cité grecque ignorait la revendication politique d'une église universelle.)

Le contexte idéologique:

À l'époque où Machiavel vit et pense, deux conceptions de la politique et de la société sont disponibles : a) celle d'Aristote où la société est considérée comme un fait naturel. L'enseignement d'Aristote dit que l'homme est un animal social, par conséquent que le fait de vivre en société ne doit pas poser de problème. Vivre en société étant un fait naturel, les sociétés sont désorganisées parce que les hommes sont méchants ou mal éduqués. A cette conception s'ajoute b) celle issue de la pensée chrétienne : il y a une Providence divine, un ordre divin, et les chefs qui tiennent le pouvoir le tiennent de Dieu. Selon cette pensée, l'Église peut, elle aussi, revendiquer la «plenitudo potestas»=le pouvoir suprême, pour imposer son idée de bien à la société (la papauté étant un pouvoir matériel il était difficile de séparer le bien de l'intérêt). En somme, le monde social et politique apparaît comme étant de l'ordre du donné.

Machiavel s'éloignera de ces deux conceptions. Pour lui, l'unité de la société, ce qui assure à la fois son être et son maintient, sa perduration, c'est la politique et la politique est surtout un acte constitutif. Pour qu'existe une société une, il faut un acte fondateur ( signe de puissance). C'est avec cette idée qu'il écrit en 1513 Le Prince.

La politique est une réalité en elle même. L'homme politique, le Prince est celui qui se donne le pouvoir d'instituer un État. Dans le domaine de la politique, ni la moral ni la religion n'ont rien à faire. La "violence fondatrice" est nécessaire por fonder un État fort et durable. Le prince doit utiliser tous les moyens à sa disposition pour bien accomplir cette tâche.

Machiavel veut séparer la politique de la religion et de la morale. Il veut instaurer l'autonomie du politique face à la morale et la religion. La religion et la morale sont des moyens à utiliser pour être éfficace en politique c'est-à-dire instituer un Etat. Il veut mettre la religion à sa place : elle est un moyen pour maintenir l'ordre social parce qu'elle provoque la crainte, mais c'est une «crainte salutaire» (Discours Ixiv). La politique est un champ de la réalité qui a ses propres règles et où les hommes agissent avec leurs passions et ambitions. La politique est rapport de forces, tension, conflit.

La «virtú» est la capacité propre de l'homme politique d'agir dans le monde de la lutte politique; lutte pour ordonner le pouvoir. La «virtú» a donc quelque chose d'une vertu de prudence singulièrement aguerrie, et capable d'une représentation vérace de la réalité politique à laquelle elle se mesure. Comprendre le prince, c'est comprendre de quelle manière sa virtú s'inscrit dans le moyens de puissance : armée, diplomatie, rituels politiques, etc.

Le travail théorique de Machiavel n'est pas le travail d'un théoricien contemplatif, mais recouvre une tentative d'ériger la pratique politique en une théorie expérimentale de l'Etat et de ses acteurs principaux, les princes et les peuples.

Machiavel cherche à comprendre les lois de l'action politique elle-même. Il cherche à comprendre non ce qu'un homme doit faire (moralement), mais quelles opérations le monde des hommes et de leurs passions rend possibles.

La pensée de Machiavel est à cet égard, et au sens le plus technique du terme, « une mise au point » : elle cherche à donner les moyens de voir avec netteté et d'observer avec rigueur le champ naturellement flou des actions humaines (les rapports de forces). Le travail politique d'un homme politique «virtuoso» est d'utiliser tous les moyens pour fonder un État, une république durable et efficace.

Le Prince est celui-là qui réussit à ordonner l'État, c'est-à-dire à lui donner des formes juridiques presque permanentes. La loi, en effet, est ce qui asseoit définitivement l'Etat dans son lieu, la liberté.

Machiavel affirme et soutient : « Pour fonder une république, maintenir des États ; pour gouverner un royaume, organiser une armée, conduire une guerre, dispenser la justice, accroitre son empire, on ne trouve ni prince, ni république ni capitaine, ni citoyen, qui ait recours aux exemples de l'antiquité ». Il nous dit l'histoire fourni les exemples pour créer des Etats. Interroger l'histoire, la connaitre, la comprendre.

La grande leçon de Machiavel est, selon Paul Mathias (Gradus Philosophique, GF Flammarion,1994, Paris) : « Un prince, un peuple, ne sont rien par eux mêmes, il n'existent pas comme des individus chargés d'une légitimité juridique, morale ou politique. Ils sont ce qu'ils font d'eux-mêmes en s'efforçant de se produire dans l'élément de la « vérité effective »= l'histoire.

*Machiavel est un homme d'expérience politique.

Les concepts essentiels qui dirigent la philosophie politique à partir du XVI siècle, à partir de Machiavel, mais surtout de Jean Bodin, de Hobbes, de Locke, sont sortis de la pensée médièvale et, en particulier, de la réflexion de la papauté face au problème du pouvoir temporel.

Machiavel réfléchit philosophiquement sur la politique.

"La philosophie, dans son développement, nest jamais indépendante du contexte à l'intérieur duquel elle apparaît et se développe. Cela veut dire que la philosophie n'a pas d'objet à soi. La philosophie est une discipline , un genre culturel, qui s'efforce de déterminer un style, un mode de démonstration. De ce fait elle se distingue d'autre genres culturels, par exemple l'histoire, la rhétorique ou la tragédie et l'art du thêatre." (F. Châtelet)

 

 

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